Division sexuelle du travail et des risques, et inégalités de genre face aux cancers professionnels Approche pluridisciplinaire (sociologie, épidémiologie, géographie)

projet de recherche
Dernière mise à jour 10/10/2016
Investigateur   LINHART D.
Institution   CNRS UMR 7217 Centre de Recherches Sociologiques et Politiques de Paris (CRESPPA)
Ville   PARIS
Financeur   INCa
Type d'appel   SHSESP
Numéro de financement   INCa_6137
Période de financement   2012-09-11 / 2016-02-10

Résumé

Contexte scientifique : La visibilité sociale des cancers professionnels repose, en France, sur les statistiques de la Caisse nationale d’assurance maladie. Selon ces statistiques, moins de 2 000 cas de cancer sont reconnus en maladie professionnelle chaque année depuis dix ans, soit moins de 0,6% des cas de cancer (320 000 nouveaux cas par an). On ne connaît pas la répartition par sexe des cancers reconnus, la variable n’étant disponible qu’à un niveau global par tableau de maladie professionnelle. Or ces tableaux comportent souvent plusieurs pathologies, dont des cancers. Les résultats de l’enquête du GISCOP93 permettent, pour la première fois en France, de mettre en évidence des inégalités entre les hommes et les femmes atteints de cancer au regard de l’exposition professionnelle à des cancérogènes au cours de la vie de travail et en ce qui concerne la reconnaissance du cancer en maladie professionnelle. Parmi les 1070 patients atteints de cancer respiratoire ou urinaire admis à l’enquête (entre mars 2002 et octobre 2011) et ayant bénéficié d’une reconstitution de leur parcours professionnel, l’exposition à des cancérogènes au cours de la vie professionnelle est identifiée par les experts chez 62% des 189 femmes contre 89% des 881 hommes. Parmi les patients exposés, 53% des femmes (contre 76% des hommes) ayant déclaré leur cancer en maladie professionnelle sont reconnues. La mise en évidence des inégalités entre les femmes et les hommes chez les patients/es de l’enquête du GISCOP interrogent les formes de l’invisibilisation des cancers professionnels en référence à la place des unes et des autres dans la division sociale et sexuelle du travail. Description du projet : Nous faisons l’hypothèse qu’il existe une invisibilité structurelle des risques cancérogènes tant pour les hommes que pour les femmes. Cependant, étant donnée la place différente des hommes et des femmes dans la division sociale et sexuelle du travail, cette invisibilité est plus marquée pour les femmes. Ce phénomène d'invisibilisation ne se réduit pas à une inégalité en plus ou en moins. La construction de l’invisibilité des cancers professionnels est elle-même différente selon qu’il s’agit d’hommes ou de femmes. A partir d’une triple approche – sociologique, géographique, épidémiologique - et en se basant - essentiellement mais pas exclusivement - sur les données de l’enquête permanente du GISCOP93, l’objectif de ce projet est d’étudier la construction sociale de l’invisibilité des cancers professionnels, des femmes en particulier. La recherche comportera une revue bibliographique dans chacune des disciplines permettant d’identifier les « angles morts » et les « biais » des connaissances existantes. Les trois types de démarches – sociologique, géographique, épidémiologique – auront pour objectif non seulement l’analyse comparée des parcours professionnels et d’exposition aux cancérogènes et les différences d’accès aux droits de la reconnaissance en maladie professionnelle des patients, hommes et femmes, de l’enquête GISCOP, mais aussi les mécanismes d’invisibilité associées aux démarches scientifiques en épidémiologie et géographie. Resultats attendus : Les résultats interdisciplinaires devraient contribuer à la mise en place de stratégies de santé publique pour une meilleure prise en compte des femmes dans la connaissance, la reconnaissance et la prévention des cancers professionnels en France."

Summary

Scientific context: The social visibility of occupational cancers in France relies on statistics from the CNAM (National Health Insurance Authority). According to these statistics, over the last ten years, there have been less than 2,000 cancer cases per year recognised as occupational disease, i.e. less than 0.6% of incident cancers (320,000 new cases per year). The repartition by sex of the recognised cancers is not known, the variable is only given as an overall level in a table of occupational diseases. But, this table often includes several pathologies, one of which is cancer. The GISCOP93 study highlighted for the first time in France, the inequalities between men and women affected by cancer with regards to the occupational exposure to carcinogenic agents during their working life and the recognition of cancer as an occupational disease. Amongst the 1,070 patients suffering from either respiratory or urinary cancers admitted to the study (between March 2002 and October 2011) and having benefited from a reconstitution of their professional career, occupational exposure to carcinogens is identified by the experts in 62% of the 189 women as opposed to 89% of the 881 men. Amongst the patients studied, 53% of the women (against 76% of the men) having declared their cancer as occupational disease are recognised. Highlighting the inequalities between women and men patients in the GISCOP study questions the form of invisibility of occupational cancers by reference to the place of one and the other in the social and sexual division of work.Description of the project: We make the hypothesis that there is a structural invisibility of the risk of cancer at work for men as for women. However, given the different position of men and women in the social and sexual division of work, this invisibility is more marked for women. This phenomenon of invisibility does not amount to a greater or lesser inequality. Our hypothesis is that the construction of invisibility of occupational cancers is in itself different depending on whether it is for men or women. Starting from a triple approach - sociological, geographical, epidemiological - and basing this - essentially but not exclusively - on the GISCOP permanent study data, the purpose of this project is to study the social construction of the invisibility of occupational cancers, especially in women. The research will include a bibliographic review in each of the disciplines allowing the identification of "blind spots" and "bias" of existing knowledge. The three types of approach - sociological, geographical, epidemiological - will have as objective not only the compared analysis of professional careers and exposure to carcinogens and the different access to the rights of recognition as an occupational disease of the GISCOP enquiry patients, men and women, but also the mechanisms of invisibility associated with the scientific approach in epidemiology and geography.Expected results: The interdisciplinary results should contribute to setting up public health strategies to better take account of women in the understanding, the recognition and the prevention of occupational cancer in France.

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Type de cancer

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